
Casa de Soutomaior
Pedro Madruga · Comte de Caminha · Seigneur de Soutomaior
“madrugaba mucho quando haçía sus cabalgadas”— Vasco de Aponte sur le nom « Madruga », v. 1530
Les armes du lignage
D’argent, à trois fasces échiquetées d’or et de gueules de quatre tires, chacune chargée d’un étroit filet de sable. Il s’agit des armes historiques du lignage ; les armes municipales modernes sont différentes.
Une maison nommée d'après sa forteresse
La maison de Soutomaior tira son nom du lieu et de la forteresse au centre de sa seigneurie dans le sud de la Galice. Depuis ce bastion boisé, le lignage étendit son influence sur les terres comprises entre la vallée du Verdugo, Tui et Baiona. Son histoire ne se limita jamais à un seul château : la famille évolua entre les juridictions imbriquées des maisons nobles, des évêques, des villes et de la frontière portugaise.
Au XVe siècle, Fernán Yáñez de Soutomaior était à la tête de la maison. Son fils illégitime Pedro Álvarez fut d'abord destiné à une carrière ecclésiastique et devint chanoine de Tui. Cette voie changea lorsque le frère de Pedro, Álvar, mourut en combattant les Irmandiños. Pedro hérita de la seigneurie familiale et transforma une maison régionale menacée en l'une des puissances les plus redoutables de la Galice de la fin du Moyen Âge.
- Soutomaior est la forme galicienne du nom ; Sotomayor en est la forme castillane courante
- La forteresse de Soutomaior était le centre politique et militaire du lignage
- Pedro était un fils illégitime de Fernán Yáñez et fut préparé au service de l'Église
- La succession revint à Pedro après la mort de son frère Álvar pendant le conflit irmandiño

Le chanoine devenu seigneur de guerre
Pedro Álvarez de Soutomaior — passé à la postérité sous le nom de Pedro Madruga — réunit formation ecclésiastique, ambition dynastique et talent militaire. Après avoir succédé à la tête de la maison, il défendit ses prétentions avec des hommes d'armes et l'appui du Portugal. Sa carrière fit de lui le seigneur de Soutomaior et, selon les circonstances politiques, comte de Caminha, vicomte de Tui et maréchal de Baiona.
L'explication la plus ancienne de son surnom est celle rapportée par le chroniqueur galicien Vasco de Aponte : Pedro se levait très tôt pour partir en *cabalgada*, ou expédition montée. Le récit pittoresque selon lequel il aurait gagné une querelle de frontière avec le comte de Ribadavia en chevauchant au premier chant du coq est une légende tardive. Il appartient à sa postérité folklorique, non à l'origine la mieux documentée du surnom.
- Pedro Álvarez de Soutomaior, dit Pedro Madruga : v. 1430–1486
- Chanoine de Tui avant de succéder à la seigneurie temporelle
- Aponte associa le surnom au fait que Pedro partait exceptionnellement tôt en expédition militaire
- La course au chant du coq avec Ribadavia est une légende tardive, non une biographie établie

Exil, retour et reconstruction d'une forteresse
La Grande Révolte irmandiña frappa la base matérielle du pouvoir nobiliaire. En 1467, le château de Soutomaior fut endommagé, tandis qu'Álvar, frère de Pedro, mourut en combattant les insurgés. Pedro se réfugia au Portugal, où il trouva les alliances et les ressources militaires qui marqueraient le reste de sa carrière.
Vers 1469–1470, il revint, récupéra la seigneurie et reconstruisit la place forte à la fois comme résidence et comme machine de guerre. Les travaux réparèrent les destructions et adaptèrent les défenses à un monde où les armes à feu prenaient une importance croissante : tours compactes, double enceinte et ouvertures associées aux armes à poudre renforcèrent le château qui demeurerait la base opérationnelle de la famille.
- 1467 : la révolte irmandiña endommagea le château de Soutomaior
- Álvar mourut en combattant les Irmandiños ; Pedro lui succéda à la tête de la maison
- Pedro se retira au Portugal et revint avec des soutiens vers 1469–1470
- Le château reconstruit intégra des défenses adaptées à la guerre de la fin du XVe siècle

La décapitation de Diego Sarmiento
L'épisode le plus brutal reliant les histoires de Soutomaior et des Sarmiento se déroula à Ribadavia en 1470. Les récits conservés décrivent un ensemble de violences : Teresa de Zúñiga, comtesse de Santa Marta, fut tuée ; Pedro mena une dure répression ; et l'abbé de San Clodio aurait été détenu et humilié publiquement. Ils s'accordent aussi sur la responsabilité de Pedro dans la décapitation de son parent Diego Sarmiento de Soutomaior, seigneur de Sobroso. Ils divergent sur l'ordre de ces événements.
L'exécution est bien attestée ; son déroulement exact et son motif ne le sont pas. Selon un témoignage, Pedro intercepta des lettres censées révéler un projet de l'archevêque Alonso de Fonseca, du comte de Ribadavia et de Diego Sarmiento visant à le tuer, ce qui place la mort de Diego avant celle de la comtesse. D'autres récits replacent l'acte dans les représailles postérieures à sa mort. Les preuves conservées établissent donc la mise à mort à Ribadavia, mais non une explication unique et définitive de l'ordre donné par Pedro.
- Victime : Diego Sarmiento de Soutomaior, seigneur de Sobroso et parent de Pedro
- Lieu et date : Ribadavia, 1470
- Fait central : Pedro fut responsable de la décapitation de Diego
- Question disputée : les sources diffèrent sur la chronologie, le motif immédiat et le rôle des prétendues lettres interceptées
- L'abbé de San Clodio aurait été détenu et humilié pendant la répression
Jeanne, Alphonse V et l'alliance portugaise
Lorsque la couronne de Castille fut disputée après la mort d'Henri IV, Pedro soutint Jeanne de Castille ainsi que son époux et allié Alphonse V du Portugal contre Isabelle. Ce choix lia la cause des Soutomaior au Portugal et plaça Pedro au centre d'une guerre dynastique plus vaste. Alphonse le récompensa du titre de comte de Caminha ; Pedro porta aussi les titres de vicomte de Tui et de maréchal de Baiona.
Ces titres décrivent l'étendue de son ambition, mais aussi sa vulnérabilité. Pedro combattit évêques, villes, maisons galiciennes rivales et partisans d'Isabelle, tout en dépendant d'une alliance portugaise dont le sort pouvait se décider loin de la Galice. Le conflit autour de Soutomaior ne fut donc pas une querelle isolée : il constitua un front galicien de la guerre de Succession de Castille.
- Pedro soutint Jeanne de Castille et Alphonse V du Portugal
- Comte de Caminha : titre portugais accordé par Alphonse V
- Autres titres : vicomte de Tui et maréchal de Baiona
- Ses adversaires comprenaient les partisans d'Isabelle ainsi que des rivaux ecclésiastiques et nobiliaires en Galice

Captivité, dépossession et fin incertaine
Pedro fut capturé en 1477, mais son arrestation ne mit pas un terme net aux guerres. Il reprit le combat dans les années suivantes, alors que la pression royale et les alliances adverses réduisaient sa marge de manœuvre. Au sein même de la famille, son fils Álvaro finit par prendre le contrôle du château, séparant Pedro de la forteresse depuis laquelle il avait construit sa puissance.
Le récit le plus largement accepté situe la mort de Pedro en 1486 au monastère de San Leonardo, à Alba de Tormes. Les circonstances restent incertaines et les preuves ne permettent pas de transformer son dernier voyage en énigme résolue. Le résultat politique, lui, est clair : le seigneur qui avait reconstruit Soutomaior et dominé les guerres du Sud termina sa vie loin du château, tandis que la génération suivante négociait avec l'ordre royal victorieux.
- 1477 : Pedro fut capturé pendant la lutte contre les partisans d'Isabelle
- Le conflit reprit après sa libération
- Álvaro, fils de Pedro, prit possession du château de Soutomaior
- Récit le plus accepté : mort en 1486 à San Leonardo, Alba de Tormes
- Les circonstances précises de sa mort demeurent incertaines
Des procès familiaux au monument public
La maison ne s'éteignit pas avec Pedro. La forteresse traversa des siècles de procès familiaux et de lent déclin ; à la fin du XVIIIe siècle, elle appartenait à Benito Fernando Correa, dont les armes furent placées au-dessus de l'entrée principale. Au XIXe siècle, les marquis de la Vega de Armijo transformèrent la place forte médiévale en résidence d'été — mi-forteresse, mi-palais néogothique —, y ajoutèrent la Galería de Damas et dessinèrent le parc et les jardins qui remplacèrent les champs cultivés.
Au début du XXe siècle, le château passa à María Vinyals, nièce du marquis — écrivaine, polyglotte et défenseure des droits des femmes, restée dans les mémoires comme la « marquise rouge » —, qui en fit un lieu de rencontre d'artistes et d'intellectuels. La propriété fut vendue aux enchères en 1917 et se dégrada pendant des décennies, jusqu'à son acquisition et sa restauration par la Diputación de Pontevedra en 1982. La forteresse qui avait soutenu le pouvoir de Pedro Madruga est aujourd'hui un monument public, dont les jardins sont reconnus comme Jardin d'Excellence International du Camélia.
- La forteresse est documentée depuis le XIIe siècle, sous le règne d'Alphonse VII
- La Galería de Damas et les jardins datent de la reconstruction du XIXe siècle menée par les Vega de Armijo
- María Vinyals, la « marquise rouge », fit du château un salon culturel avant la vente aux enchères de 1917
- La Diputación de Pontevedra possède et restaure le château depuis 1982
Pedro Madruga et l'énigme Colomb
Aucun récit de la maison ne peut ignorer sa revendication moderne la plus spectaculaire : Pedro Madruga ne serait pas mort en 1486, mais aurait reparu sous les traits de Christophe Colomb. La thèse du Colomb galicien remonte à Celso García de la Riega vers 1900 ; le chercheur Alfonso Philippot l'a ensuite précisée en désignant Pedro, en invoquant des cercles sociaux communs, des ressemblances de signature et d'écriture et les nombreux toponymes des Rías Baixas qui réapparaissent outre-Atlantique. Cette identification suppose que Pedro ait mis en scène sa propre mort documentée, et l'historiographie dominante maintient l'origine génoise, étayée par les registres notariaux.
La génétique est récemment entrée dans le débat, dans les deux sens. L'étude télévisée Colón ADN de 2024 a écarté le candidat galicien au profit d'une famille séfarade de la Méditerranée occidentale, tout en étant critiquée pour avoir annoncé ses conclusions sans publier de données. En 2026, un preprint de généticiens légistes travaillant sur les restes de descendants de Colomb est parvenu à la conclusion inverse : les schémas de parenté désigneraient Pedro Madruga comme ancêtre commun. Aucune de ces deux affirmations n'a encore été validée par les pairs. Cette page traite donc l'identification comme une controverse moderne ouverte — un chapitre de la postérité de la maison, non de son histoire documentée.
- L'hypothèse galicienne naît avec Celso García de la Riega ; Alfonso Philippot a identifié Colomb spécifiquement à Pedro Madruga
- L'identification suppose que Pedro ait survécu à sa mort documentée de 1486 ; Colomb mourut à Valladolid en 1506
- Le documentaire Colón ADN de 2024 a écarté la théorie galicienne sans publier de données ; un preprint de 2026 fondé sur l'ADN de descendants l'a relancée et attend une validation par les pairs
- L'historiographie dominante continue de soutenir l'origine génoise de Colomb
Trois fasces échiquetées
Les armes traditionnelles de Soutomaior se blasonnent ainsi : d'argent, à trois fasces échiquetées d'or et de gueules de quatre tires, chacune chargée d'un étroit filet de sable. En langage courant, trois bandes horizontales en damier d'or et de rouge traversent un champ d'argent, avec une mince bande noire posée sur chacune.
Les variantes relevées modifient le nombre ou l'agencement des fasces ; une sculpture conservée et un armorial plus tardif peuvent donc différer dans le détail. Le dessin peut être décrit avec certitude, pas le sens symbolique de ses couleurs ou de ses damiers. Aucune source médiévale citée ici ne leur attribue de message moral, militaire ou dynastique particulier.
- Champ : argent (*argent*)
- Charges principales : trois fasces échiquetées d'or et de rouge (*or* et *gueules*) de quatre tires
- Chaque fasce échiquetée porte un étroit filet noir (*sable*)
- Il existe des variantes ; le blason ne doit pas devenir un symbolisme chromatique inventé
Figures clés
La famille, les rivaux et les prétendants qui façonnèrent le monde de Pedro Madruga
Dates clés
“La mort, la victime et le lieu sont bien attestés ; la séquence précise et le mobile restent discutés.”— Les témoignages conservés sur Ribadavia, 1470